Il traditore

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Il traditore

De Marco Bellocchio | Italie, France, Allemagne, Brésil | 2019 | 2h31

Diffusion(s): Me. 8/01 à 20h, Je. 9/01 à 20h, Di. 12/01 à17h



Acteur(s) : De Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane,...

Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

Loin des scènes d’action hollywoodiennes, Marco Bellocchio aborde le genre du film de mafia à travers la figure du repenti Tommaso Buscetta et ses révélations au juge Falcone.

Marco Bellocchio, 80 ans cette année, ultime grand survivant du cinéma italien des années 1960, est devenu l’une des plus fermes mauvaises consciences de son pays. Depuis le Sourire de ma mère (2002), ses obsessions psychiatriques et sa flamme anarchiste se sont concentrées dans l’auscultation implacable des travers moraux, sociaux et politiques de l’Italie tels qu’ils ont pu se manifester tout au long du xxe siècle jusqu’à aujourd’hui, des increvables relents de l’hystérie catholique (l’une de ses grandes cibles) aux années de plomb, en passant bien sûr par le fascisme.

Il fallait bien qu’il s’intéresse un jour à la mafia. Il traditore se penche plus précisément sur le cas de Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), mafieux sicilien devenu collaborateur judiciaire, notamment pour le juge Giovanni Falcone, grande figure de la lutte antimafia, assassiné le 23 mai 1992. Malgré les noms et informations qu’il délivrait, Buscetta refusait qu’on le qualifie de « repenti », considérant que la traîtrise était du côté de Cosa Nostra (la mafia sicilienne), qui dès la fin des années 1970 s’était déshonorée dans le trafic d’héroïne et une débauche de règlements de compte sanglants. « La mafia disparaîtra un jour, parce que c’est un phénomène humain », dit Falcone, et Buscetta incarne en quelque sorte cette part d’humanité : son appartenance à Cosa Nostra est plus culturelle que crapuleuse, il avait cru y trouver des valeurs fraternelles, sociales. Mais la part humaine de la mafia, c’est aussi la folie dans laquelle elle tombe toujours fatalement, du côté de l’horreur ou de la tragédie.

Bellochio n’est pas attiré pas le sensationnel, le spectaculaire, mais plutôt par la propension de la réalité à devenir spectacle. Depuis Fellini, personne n’a su comme lui saisir ces moments, dont le peuple italien est maître, où le monde se fait théâtre, voire opéra. C’est pourquoi les plus saisissantes parties du Il traditore ne sont pas les échanges de tirs ou autres accès de violence, mais les scènes de tribunal, lieu d’incroyables confrontations verbales, filmé comme une salle de théâtre, avec son étrange scénographie et sa lumière singulière.